I - Premiers contacts avec le monde invisible

 

Un mardi du mois de mai 1977, en fin d’après-midi, quatre amies, dont une Française, se réunissent autour d’une tasse de thé à la villa Montalieu, l’accueillante demeure curepipienne de Mimi. La conversation est tranquille et agréable lorsque Renata soulève la question de tables qui tournent et suggère qu’une telle expérience soit tentée avec le petit guéridon de la pièce voisine. Mimi est quelque peu réticente, mais, pour ne pas déplaire a Majo et Renata qui insistent de plus en plus et voudraient voir si quelqu’un du monde des esprits pourrait transmettre un message en animant le guéridon, elle finit par obtempérer. Anne, cette jeune Européenne qui a quitté la Suisse depuis quelques années pour venir travailler sur cette Île de l’Océan Indien dont les charmes et les mystères sont si prenants, n’a encore jamais assisté à une séance de spiritisme et ses préjugés ainsi que son scepticisme sont fortement ancrés. Elle a été élevée dans une famille ou de telles pratiques sont considérées comme appartenant au monde du mal. C’est pourquoi elle hésite un peu avant de prendre place avec ses amies autour du guéridon que Mimi vient de déposer dans une partie du salon, après avoir enlevé le tapis qui se trouvait sur le sol, ceci, afin que les mouvements de la table ne soient pas entravés. Les rideaux de la pièce ayant été tirés, il y règne une atmosphère détendue, favorable à la concentration. Renata et Mimi qui semblent savoir comment procéder, invitent Majo et Anne à poser les paumes de leurs mains sur le guéridon, et, afin que le lien soit établi entre les quatre participantes, il faut que leurs auriculaires touchent ceux de leurs voisines. La, tout est prêt, et, Renata demande à ce qu’un effort de concentration intense soit fourni. Anne, toujours sceptique, observe d’un œil critique, et doute que quoi que ce soit puisse se passer, lorsque, tout à coup, le guéridon amorce un léger mouvement vers la droite, puis vers la gauche. Il apparaît que ces mouvements ne sont pas provoques par l’une des quatre participantes, car, plus les secondes passent, plus les mouvements de la petite table ronde s’accentuent et obligent même celles  dont les mains y reposent toujours à changer de place. C’est alors que Renata demande calmement : « y a-t-il la quelqu’un, un esprit, qui désirerait transmettre un message ? » A peine Renata a-t-elle prononce ces paroles que le guéridon s’immobilise, puis se soulève légèrement pour laisser retentir un coup sur le sol. Renata, qui va continuer à présider cette séance, précise : « Lorsque vous frapperez un seul coup, cela voudra dire « OUI » et deux coups « NON ». Maintenant pouvez-vous nous faire connaître votre nom, du moins vos initiales ? Chaque coup que le guéridon donnera sans interruption correspondra à une lettre de l’alphabet, puis vous voudrez bien nous laissez savoir à qui d’entre nous vous vous adressez ! »

Quelques instants plus tard, le guéridon se penche à plusieurs reprises du côté de Renata qui demande alors si elle est la seule à avoir connu l’esprit qui est maintenant présent. Un coup affirmatif retentit. Très troublée et émue Renata comprend par les initiales que le guéridon indique, qu’il s’agit de son premier mari, décède quelques années auparavant alors qu’ils vivaient en Ethiopie. Grande fut la surprise de Mimi, Anne et Majo qui, jusqu'à ce jour, ignoraient que Renata avait été mariée une première fois. Après avoir posé quelques questions à son mari défunt, Renata qui a quelques difficultés à bien comprendre ses réponses, car, quoique aidée par ses trois amies à reconstituer les lettres des mots en comptant les coups frappés par le guéridon, demande a Mimi si on pourrait pas se servir d’un verre et étaler les lettres de l’alphabet sur le guéridon. Anne, quelque peu ébranlée suite à ce qu’elle vient d’observer, se demande maintenant comment un verre et des lettres de l’alphabet pourraient fournir un message. Entre-temps les lettres de l’alphabet on pu être trouvées dans un jeu de « scrabble », et elles ont été reparties tout autour du guéridon. C’est alors qu’un verre est posé au centre de la table, face tournée contre le bois, et, chacune des participantes y pose un doigt. Très rapidement le verre commence à avancer de ci, delà sur le guéridon. Renata demande à ce que l’esprit indique son nom complet. Le verre se dirige sans la moindre hésitation vers toute une série de lettres, qui, rassemblées dans l’ordre donne, fournissent un nom à l’orthographe quelque peu compliqué. Renata qui est de plus en plus émue et troublée, avoue que c’est le nom exact de son mari. Elle lui pose quelques questions très personnelles auxquelles elle obtient réponse, puis, l’heure avance, la séance est close.

 

Quelques jours passent, puis, un soir, alors qu’elle est à nouveau seule à Montalieu, Anne décide de procéder à un nouvel essai, car elle veut savoir si l’autre soir c’est une coïncidence qui lui a laissé croire que son grand-père animait la petite table, ou si elle avait en elle un don insoupçonné de medium. Dans la tranquillité la plus absolue, et après avoir à nouveau tiré les rideaux de sa chambre, Anne s’installe devant le guéridon, y pose ses mains, et attend que son grand-père revienne se manifester, car elle est sure qu’il doit avoir envie de communiquer avec elle. Au bout de quelques minutes, le bois du guéridon craque à plusieurs reprises, puis il commence à se mouvoir, mais cette fois à une allure étonnante et très différente des expériences précédentes. Il semble être animé par une force intrépide. Ne pouvant laisser plus longtemps libre cours à ce manège, Anne demande si c’est bien son grand-père qui est présent. Elle reçoit une réponse négative, marquée par deux coups frappés énergiquement. Quelque peu surprise et de nouveau désemparée, elle demande s’il s’agit d’une personne qu’elle a connue.

Nouvelle réponse négative. S’agirait-il d’un parent de Mimi ? Réponse affirmative. Anne demande alors à l’esprit de fournir ses initiales. Elle compte cinq coups, ce qui donne « E », puis après une courte pose douze coups, soit « L ». Anne n’ayant pas eu l’occasion de connaître les membres défunts de la famille de Mimi, elle demande s’il s’agit de son père, réponse négative, puis d’un frère, à quoi la table dit « OUI ». Comprenant que ce frère voudrait transmettre un message à Mimi, elle lui demande s’il voudrait essayer de le faire au moyen d’une plume. Le « OUI » clair et distinct ne s’étant pas fait attendre, Anne s’installe au secrétaire place dans l’angle gauche de sa chambre, prend une feuille de papier et saisit un stylo à bille en se demandant si quelque chose allait se passer. Pendant de longues minutes la plume reste immobile, en haut, à gauche de la feuille blanche, puis, Anne sent comme un courant passer à travers son bras, et, soudain la plume se met à amorcer un mouvement. La plume avance lentement et difficilement sur le papier, mais parvient à former des lettres et des mots, les uns reliés aux autres, puisque la plume ne se soulève à aucun moment sauf à la fin d’une ligne. Aprés avoir recouvert toute la feuille de papier, la plume s’immobilise et Anne peut enfin prendre connaissance de ce premier texte étonnant que le monde invisible de l’au-delà vient de lui permettre de transmettre, grâce à cette étrange faculté qu’elle n’arrive pas à expliquer. Anne est surprise d’apprendre que le frère de Mimi demande à ce que des messes soient dites pour lui et que sa sœur aille à Riambel, dans son bungalow sur la plage.   

La stupéfaction de Mimi est grande lorsque Anne brandit sous ses yeux le texte en question et elle s’exclame : « C’est incroyable, car c’est exactement la signature et l’écriture d’Émile, quoique de son vivant il faisait de plus petits caractères. Le « E » de sa signature est le plus frappant ! » L’étonnement d’Anne n’a plus de fin, car elle n’arrive pas à comprendre comment elle, qui n’a jamais vu, ni connu le frère de Mimi et dont elle ignore la calligraphie, a pu permettre à cette plume de faire réapparaître l’écriture de cet homme défunt il y a cinq ans. Mimi voudrait que son frère anime la plume en sa présence...

 

Le jour de la Fête-Dieu, Anne a pris congé  et elle accompagne Mimi à son bungalow de Riambel, situé au cœur du district de la Savanne qui s’étend dans le Sud de l’Ile.

Ce jeudi, la température est agréable et agrémentée d’une brise fraîche venant de l’Océan. C’est le début de l’hiver tropical que connaît l’Ile de juin à septembre.

Dans ce décor qui favorise le repos et la relaxation, Mimi demande à Anne d’essayer de prendre la plume afin de voir si Émile ne voudrait pas reparler. A peine Anne s’est-elle installée plume en main qu’une force invisible met la plume en mouvement. La signature d’Émile apparaît puis il écrit et demande à ce que Mimi n’oublie pas de lui faire dire des messes. Mimi est frappée en observant cette plume qui, grâce à des mots, il est vrai non sans difficulté, alors que visiblement ce n’est pas la main d’Anne qui la guide, mais celle d’une présence invisible, en l’occurrence celle de son frère dont la signature est de nouveau semblable à celle qu’il apposait de son vivant. Mimi déplore de ne pas posséder une lettre de son frère afin de pouvoir montrer à Anne la ressemblance d’écriture.

Anne reprend la plume et Émile ne tarde pas à remercier sa sœur, puis il demande à ce que Mimi conduise Anne sur sa tombe et ajoute : « Portez-moi des fleurs et prenez une photo, la vue y est si belle ! »

 

Le dimanche suivant, Mimi conduit son amie au cimetière de Souillac sur la tombe de son frère, à quelques pas de la mer. . Anne est frappée par la vue qui s’offre à elle et qui est vraiment exceptionnelle ainsi qu’Émile l’avait dit. Après avoir déposé un bouquet de fleurs sur cette tombe simple, faite d’une grosse pierre reposant sur le sable dans laquelle est plantée une croix de fer, soumise aux embruns de la mer et qui commence à être rongée par la rouille, Anne en prend une photo.

         

Mimi et Anne ne se doutèrent pas alors qu’à partir de ce moment, une longue et extraordinaire collaboration commençait entre elles et l’au-delà…

 
 

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