Le vendredi 31 mars 1978, le permis de fouille en poche, Claude arrive avec son armada à 18h sur les lieux au lieu de 13h30. Les tentes ayant été montées par Léon et Bebe, Claude parvient à faire marcher le moteur du générateur de lumière. C’est ainsi que les fouilles commencent à 4-5 pieds de profondeur et continuent jusqu'à 23h. Laurencia, Maurice, Claude, Bebe et les hommes de fouilles dorment sur les lieux. Eda co-opère et aide d’une manière particulièrement remarquable en apportant des tonnes de provisions. Pierrot ne vient pas et envoie ses fils qui arrivent le samedi matin, vers 10h. Vincent se distingue. Pierrot vient sur les lieux le samedi vers 15h. Le marteau piqueur cobra aide, mais est insuffisant et devant les couches successives de pavés, il faut trop faire usage des piques, masses et pioches, ce qui fait que les travaux avancent lentement. Le soir, une atmosphère très sympathique règne et un esprit d’équipe particulièrement remarquable. Gladys et Josiane arrivent et offrent du whisky, ce qui anime davantage l’atmosphère. Mimi fait une interview de tous les participants. Les hommes passent une deuxième nuit sous la tente. Le dimanche, on trouve que le marteau piqueur est trop faible et on décide qu’il faut se procurer un compresseur Broodwade. Léon va voir où il peut obtenir un compresseur et dans l’après-midi il revient ayant trouvé un spécialiste du « cobra » qui est disposé de venir fouiller dès le lendemain. Dans la journée du 3 avril, un Broodwade arrive sur les lieux et Claude revient avec ses hommes. Tout au long des fouilles, plusieurs messages de Minimaman et d’Emile viennent encourager les fouilleurs et donner des conseils. C’est ainsi que le 6 avril, les fouilles effectuées avec le Broodwade ont permis d’atteindre le niveau de la mer. Il est décidé qu’il faudra trouver une pompe. À environ 8 pieds, on a trouvé un vieux clou marin. C’est alors que le Baron reparle et dit : « Mes très chères amies, mes propos ne seront pas longs. Je tiens à vous dire que ma protégée a bien su comprendre certains secrets de nos amis, les valeureux corsaires. Je vous déclare que le trésor est là. Mes amies, le point marqué par le premier, puis le second et enfin le troisième fer à cheval est la clef des secrets de nos amis. Ma chère protégée, bien heureuse vous êtes d’avoir su comprendre ces mystères. Marguerite, que ces révélations si précieuses ne soient pas divulguées au premier venu. Malgré toutes ces peines que vous devez avoir en fournissant actuellement cet effort considérable, restez confiants et croyez en nos paroles. Comme je vous en sais gré ma chère Marguerite. Malheureusement je vois que nos estimations quant aux distances laissent beaucoup à désirer. J’en suis très peiné, mais croyez-moi, ce fabuleux trésor est là. Ma chère protégée, sachez que je méprise ceux ou celles qui nous méconnaissent au point de vouloir nous insulter. Je désire que vous les laissiez désormais dans l’ignorance car elles ne méritent pas d’être quelque peu associées à cette belle découverte que nous tenons à vous faire faire. Mes protégées, je ne peux vous parler plus longuement, car je dois rejoindre Madame votre mère à la Pointe ainsi que tous les corsaires et Émile. Ma chère Anne, ce soir nous devons protéger nos amis et bien veiller sur les lieux. Malgré les difficultés même assez grandes, croyez en mes paroles. Je vous assure de ma protection. Baron d’Unienville. » (6.4.78) Toute la journée du 7 avril est utilisée à chercher une pompe qui est finalement trouvée et mise en marche le soir alors que Mimi et Anne reviennent sur les lieux. La pompe s’avérant le lendemain pas assez efficace, l’opération est renvoyée à la semaine suivante et il est décidé que les gardiens du cimetière seront payés pour veiller sur les lieux et sur les tentes que les chercheurs laissent sur place. Le 12 avril 1978 Minimaman reparle de la question de pompe : « Mimi, il faudra dire que si on n’a pas une pompe dont on est certain qu’elle puisse retirer toute l’eau qui remplit cette cave, il y aurait lieu de renvoyer les travaux jusqu'à ce qu’on dispose d’une pompe valable. C’est une perte de temps si vous utilisez une machine inadaptée à ce trou. Essayez de garder une attitude ferme. Je pense que c’est très bête de gaspiller des forces et du temps si la machine n’est pas adéquate. Je vous assure que si vous disposez d’une pompe qui est à même de retirer l’eau plus rapidement qu’elle ne s’infiltre, il est nécessaire de prendre la décision de foncer. » Le vendredi 14 avril, on retourne sur les lieux avec une nouvelle installation d’une pompe prêtée par la propriété sucrière d’Union. Cette fois-ci la pompe est placée au fond du trou et on constate en fin de journée qu’elle n’est pas adéquate. On va alors en chercher une petite à Curepipe. À quinze pieds de profondeur, un petit os est trouvé. Le 15 avril au matin, Ploum est trouvée morte dans l’office suite à un empoisonnement. On l’enterre non loin du cimetière et près des lieux de fouilles. Ensuite, on met en place la petite pompe « Bijou » ramenée de Curepipe. Alors que la météo annonce une amélioration du temps, il se gâte à un point extrême. Il y a un violent orage, suivi d’inondations. Toute l’installation électrique tombe en panne vers 19h et Michel et Cyril se retrouvent au fond du trou dans l’obscurité totale. Toutes les tentes sont trempées. Les lieux doivent être évacués vers le bungalow et la petite pompe s’avère également inefficace, le trou étant à nouveau rempli d’eau. Le lendemain, l’opération est arrêtée et il est décidé qu’il faut absolument trouver une bonne pompe et disposer d’au moins quatre jours de travail consécutifs, par beau temps. Si ces conditions sont réunies, les travaux reprendront le 20 avril au soir. Le mauvais temps persistant, les fouilles ne peuvent reprendre ainsi que Minimaman le souhaiterait. Un soir, Claude passe à la maison et dit que sa voyante lui a parlé du capitaine de la Sainte Marie qui mettrait une entrave avec son esclave malgache et qu’il faut obtenir leurs faveurs. Le 29 avril Minimaman commente ces faits comme suit : « Je dois vous dire que je n’avais pas voulu vous inquiéter avec les événements qui ont entouré la venue du capitaine de la Sainte Marie, Monsieur de la Louvinparier, car je pensais que vous aviez déjà assez de tracas. Maintenant laissez-moi vous dire que ce très estimé capitaine n’est pas un méchant homme, mais il a été quelque peu vexé que jamais on ne pense à lui, alors qu’il mourut en combat à la prise de ce fabuleux trésor trouvé sur un vaisseau anglais. Il faut que je vous dise qu’il n’était pas avec les corsaires lorsque ceux-ci m’ont offert le trésor. Il est bien vrai qu’en considérant sérieusement les choses, il y a lieu de convenir que sans le capitaine de la Louvinparier la Sainte Marie ne se serait jamais trouvée en présence de ce vaisseau anglais. Je dois vous dire que le capitaine de la Louvinparier m’a expliqué qu’il avait une très grande connaissance des mers et que c’est grâce à lui qu’ils purent en mille sept cent un dépister ce vaisseau anglais. Maintenant, comment croyez-vous que le capitaine de la Louvinparier a pu savoir que le trésor m’avait été donné et que j’avais décidé de vous le faire découvrir ? Le capitaine, au cours d’un de ses nombreux voyages, avait un jour été poursuivi par un groupe de Malgaches alors qu’il se trouvait sur la grande île, comme il aime la nommer. Alors qu’il se trouvait dans un grand péril, il y eut un jeune malgache qui le sauva. Aussi, en reconnaissance de ce geste courageux, de la Louvinparier le prit à bord et ce fut un esclave plus que dévoué. En fait, il était plus qu’un esclave. Le capitaine ne s’en séparait jamais et ce malgache avait promis au capitaine de la Louvinparier qu’il le suivrait partout, même jusque dans la mort. C’est ainsi que lorsque le capitaine fut tué en combat, le pauvre malgache qui voulait venir à son secours fut également tué. Seulement, après cette mort en combat, le capitaine voulut que ce garçon malgache surveille toujours le trésor, même de loin et il le fit. C’est ainsi que dernièrement, alors qu’il venait faire une ronde à l’endroit que vous connaissez et où ce fabuleux trésor est enfoui, il fut en présence de nous tous et comprit bien vite que le trésor m’avait été donné et que nous étions sur le point de vous le remettre. Il alla alors à la recherche de son capitaine qui ne manqua pas de le suivre. Aussi, ils vinrent tous deux nous demander pourquoi nous n’avions jamais pensé à les rechercher avant de vous donner le trésor. Mon Marquis eut une sérieuse dispute car il n’aimait pas que de la Louvinparier vienne revendiquer des droits qu’il se croyait acquis pour de bon. À ce moment, je suis intervenue après bien avoir écouté les avis que notre Baron m’a donnés et alors avec une amabilité toute particulière, je me suis adressée au capitaine de la Louvinparier. Au premier abord, il était quelque peu réticent, car froissé que tous ces corsaires qui sans lui ne se seraient jamais trouvés à bord, n’aient même pas eu une seule petite pensée pour lui avant d’agir comme bon leur semblait. Finalement il m’avoua qu’il comprenait bien sûr que ces Marquis n’aient pas pu résister à tout ce que je leur avait raconté et après un très long entretien il me dit que lui aussi se joignait à leur décision. Enfin, voilà ce qui s’est passé. Ma pauvre petite Anne j’abuse de ton don. Le capitaine m’a donné sa parole. Là, je vais vous quitter. Marguerite Labat. » Claude ayant demandé à Mimi d’aller voir sa voyante, chose que Mimi refuse de faire, Minimaman la félicite de ne pas avoir cédé. Le fait est que cette voyante avait dit à Claude que pour obtenir le trésor il fallait sacrifier un veau ou un boeuf, et qu’ainsi on obtiendrait toutes les faveurs du capitaine et de son esclave malgache. Minimaman précise : « Je suis très réconfortée Mimi que tu aies refusé d’aller voir cette bonne femme de Claude, car laissez-moi vous dire que tout ce qu’elle fait est d’un pouvoir obscur. Sachez qu’elle a effectivement des pouvoirs qui lui permettent de voir beaucoup de choses mais dans un autre sens. C’est très regrettable. Car voyez- vous, les bons esprits n’aiment rien de ce qui vient du pouvoir des ténèbres. Le pire, c’est que ce travail diabolique est nuisible et que nous devons lutter contre cela aussi. J’ai vu avec consternation que le plan secret de cette sorcière, car elle n’est rien d’autre, était de faire quelque chose qui permette à Claude de ravir tout le trésor et ensuite elle le possèderait à un tel point qu’il ne pourrait faire autrement que de lui donner absolument tout ce qu’elle lui demandera. Elle veut vous ravir votre part aussi. Mimi, crois-moi, car si je te le dis c’est parce que c’est ainsi. Claude ne veut rien déclarer aux autorités, car sa sorcière lui a dit que par ce moyen il pourrait tout s’approprier. Cette personne est soutenue par tous les mauvais esprits. Alors ce qu’il faut faire, au vu de cette situation à laquelle ni vous ni nous ne nous attendions, c’est d’être en règle et n’hésitez pas à informer le gouvernement dès que vous aurez trouvé le trésor. Mimi, fais tout ce que tu peux pour obtenir une situation claire. » Claude continuant à aller voir sa voyante, les corsaires, mais surtout Minimaman et Émile sont agacés, car ils voudraient tant que les fouilles puissent reprendre dans de bonnes conditions et la lutte qu’ils doivent soutenir contre les mauvais esprits les fatigue. Il est finalement décidé avec Claude qu’une nouvelle tentative de fouilles sera faite le 13 mai 1978. Les fouilles reprennent donc le 13 mai et le 14, alors que Mimi et Anne vont à la Pointe, elles se rendent immédiatement compte qu’une excitation extrême y règne. Claude se contient à peine lorsqu’il remonte du trou qui a 15 pieds de profondeur, montre une matière noire que ses hommes ont trouvé collée à la paroi et dont l’odeur prononcée indique qu’il s’agit de poudre à canon. Or, que ferait de la poudre à canon à cette profondeur si elle n’avait pas été mise là par des hommes, et en l’occurrence les corsaires de la Sainte Marie ? Claude précise qu’ils ont trouvé le début d’une galerie et que c’est sur les parois que ces traces de poudre à canon sont présentes en grande quantité. Claude étant persuadé qu’il va mettre la main sur le trésor, il en perd presque la raison et dit à ceux qui travaillent avec lui qu’il faut qu’il coupe sa main et offre son sang pour pouvoir prendre possession de cette fabuleuse fortune, selon ce que sa voyante lui aurait dit. Ses propos sont rapportés à Mimi qui, quelque peu inquiète de la tournure que tout pourrait prendre, suite à ce qui lui a été dit sur la sorcière au cours de certaines communications, demande à Anne de prendre la plume afin de voir si personne n’a un conseil à donner. C’est alors que le Baron anime la plume et dit : « Marguerite et Anne, mes chères protégées, soyez sur vos gardes et surtout gardez le silence le plus absolu sur ce que je vous dis aujou-… » La plume s’arrête brusquement, et quelques instants plus tard, un des chercheurs s’approche de la voiture. Une heure plus tard, alors que Mimi est à nouveau seule avec Anne, elle lui demande de bien vouloir reprendre la plume, afin de voir si le Baron va encore leur dire quelque chose qui parvint à nouveau à communiquer et dit :
« Mes protégées, je regrette l’incident qui s’est produit au cours de notre communication. Je ne vais pas être long ce soir, mais je dois vous dire de vous méfier de cet ami qui ne cesse de convoiter tout ce fabuleux trésor qui à Madame votre mère fut donné et qu’elle vous destine. Mes protégées, grande sera la punition de cet homme et de son adjoint, si de tels plans ils continuent à nourrir. Mes protégées, il faut aller là où la poudre vous guide. Baron d’Unienville. »
La confiance ne pouvant plus régner comme au début, un léger froid s’installe et certains semblent vouloir arrêter les fouilles. Il est décidé de se réunir une fois de plus afin de discuter de ce qu’on va faire, la question des finances n’étant pas la moindre à débattre. Comme toujours, c’est à Minimaman qu’on demande conseil et elle dit ceci à ce sujet : « Maintenant, ne vous laissez surtout pas dissuader de continuer les fouilles et laissez-leur entendre que si eux veulent renoncer, vous pourrez trouver d’autres aides. » La réunion a finalement lieu et une mésentente générale s’installe au sein du groupe, lorsque certains trouvent qu’ils ont trop dépensé et demandent à ce qu’on leur rende de l’argent. De plus, il y a les deux tentes qui ont été volées et celui qui en était responsable, mais avait eu tort de ne pas écouter les conseils de celles qui lui disaient de ne pas se fier au gardien du cimetière et de ne rien laisser sur les lieux, exige qu’on lui remette une assez forte somme, afin qu’il la rende à l’organisation qui avait prêté les tentes. L’ambiance s’envenime et c’est ainsi que la rupture est consommée au sein de ce groupe de fouilleurs. |