L’écriture automatique devient de plus en plus familière à Anne. Il lui arrive souvent d’entendre un bruit imperceptible, tel un déclic métallique très bref, et alors elle sent une présence invisible et sait qu’un interlocuteur de l’au-delà souhaite s’exprimer. Un soir, à Riambel, après avoir entendu ce déclic, elle prend la plume et Minimaman s’exprime et ne cesse de parler du Marquis de la Sansonnier. Tout à coup elle change de propos et dit : « Mimi, je vous annonce que vous allez très bientôt avoir une visite inattendue. Je vous en laisse la surprise. » Cette annonce étonnante laisse Mimi et Anne perplexes, d’autant plus que dix minutes plus tard une voiture s’arrête devant le bungalow et une arrière-petite-fille de Minimaman revenue à Maurice quelques jours auparavant, en descend. Mimi ne s’attendait absolument pas à la voir ce soir-là, après plusieurs années d’absence. À peine sa visite est elle terminée qu’une autre voiture s’arrête devant le bungalow. La surprise est plus grande encore, il s’agit de leur amie Marie-Louise qui est revenue d’Australie et a débarqué à Plaisance une heure auparavant. Ce soir, Mimi et Anne ont eu la preuve irréfutable qu’un esprit pouvait, sans se tromper, prévoir et annoncer certains événements, ce qu’Émile n’a pas manqué de leur confirmer en créole, le patois de l’île Maurice, en leur disant que maintenant elles vont êtres obligées de croire tout ce qu’ils leur racontent. Mimi s’exclame, car elle reconnaît le langage et le style propre de son frère. Elle explique à Anne que, de son vivant, il aimait parler un créole très imagé et elle déplore que sa jeune amie n’ait pas eu l’occasion de le connaître avant sa mort. La vie de Mimi et de son amie est de plus en plus transformée. Non seulement consacrent-elles de longues heures à recevoir des messages de leurs protecteurs et amis de l’au-delà, mais quelques singulières et curieuses manifestations commencent à se produire. Ainsi, un matin, Mimi trouve sa montre automatique arrêtée et les aiguilles indiquent minuit précis. C’était très curieux, car jamais auparavant cette montre ne s’était immobilisée. Émile dira ensuite que c’était lui qui avait voulu s’amuser à faire une expérience avec la montre de sa sœur. Un autre jour c’est à celle d’Anne qu’il s’attaque. Arrivée à son bureau, elle voit subitement qu’un étrange petit fil entoure les aiguilles de sa montre étanche. L’horloger à qui elle la présente lui dit qu’il est absolument impossible qu’un fil puisse entrer à l’intérieur de la montre à moins qu’on ne l’ait ouverte pour l’y introduire. L’horloger ne comprend rien et reste stupéfait, car ce fil est bien là et il lui faut ouvrir le boîtier pour pouvoir le retirer. Depuis lors, la montre continue à marcher très bien. Émile dira alors qu’il avait fait cette nouvelle expérience afin de démontrer ses capacités et possibilités. Il s’avisa même un jour, à faire disparaître une petite cuillère en argent que Mimi avait posée sur la table de nuit après l’avoir utilisée pour boire une potion avant de dormir. Le lendemain matin, la cuillère n’est plus à sa place. On cherche partout, au-dessous et derrière les lits, sous le tapis, mais sans succès. Les jours passent et, au cours d’une communication avec Émile, Mimi apprend que la disparition de la cuillère est le fait d’Émile. Il dit l’avoir transportee dans une autre pièce, mais qu’il ne sait plus où il l’a déposée. Il promet de faire des recherches et de la restituer dès qu’il l’aura retrouvée. Quelques jours plus tard, quelle n’est pas la stupéfaction de Laurencia lorsque, le matin alors qu’elle vient préparer le petit déjeuner elle voit, déposée devant la poubelle, la petite cuillère en argent. Comment pouvait-elle se trouver là, alors que la veille au soir, elle n’y était pas et que, pendant la nuit personne n’avait pu pénétrer dans l’office ? De plus, sa propreté frappe Mimi qui, juste avant qu’elle ne disparaisse l’avait remplie d’une potion qui, normalement, en séchant, laisse des traces. Émile répond à toutes ces questions et dit qu’après l’avoir retrouvée au fond de l’armoire d’Anne-Lise où il l’avait un soir oubliée, il a pensé à la mettre bien en évidence dans l’office, devant la poubelle. Un autre jour, alors qu’Anne, très pressée, marche dans une rue de Port Louis, elle se sent soudain retenue par quelqu’un, ce qui l’oblige à ralentir son pas. À ce moment précis, une grosse et lourde armoire métallique. que deux hommes qui marchent juste devant elle sont en train de déménager, s’échappe de leurs mains et tombe avec fracas juste aux pieds d’Anne. Si elle n’avait pas été retenue par une présence invisible, car il n’y avait personne derrière elle, son pied droit aurait été écrasé et sans aucun doute sérieusement blessé. Par la suite elle apprend que c’était Émile qui l’avait protégée. Un nouveau fait curieux survient dans la vie de Mimi. Des amis lui ayant offert un joli bouquet de roses, elle en sort une des plus belles et la met dans un vase à côté de la photographie de sa mère. Les jours passent, les roses du bouquet sont toutes flétries alors que celle qui a été mise contre la photographie de sa mère est encore toute fraîche. Mimi s’en étonne et demande à sa mère une explication, qu’elle reçoit au cours de la prochaine communication : « Je te remercie ma fille de la rose que tu m’as offerte. As-tu vu comme elle est belle ? Elle durera beaucoup plus longtemps que les autres, car je m’en occupe tous les jours. » À la grande surprise de Mimi et de son amie, cette rose est restée fraîche pendant plus de vingt et un jours. Un dimanche de décembre 1977, après avoir passé le week-end à Riambel, Mimi et son amie sont remontées à Curepipe. À peine arrivées à la maison, elles constatent que la valise contenant beaucoup de communications est restée au bungalow. Comme il leur avait toujours été recommandé de ne jamais laisser la moindre de ces communications derrière elles, elles ont repris la voiture et sont retournées à Riambel la nuit. Là encore, une surprise leur était réservée. Mimi arrête la voiture, éteint les phares, alors qu’Anne ouvre la porte et pénètre dans le bungalow encore plongé dans l’obscurité. Mimi la rejoint et s’apprête à allumer les lampes lorsqu’elle voit Anne se précipiter et disparaître dans le couloir, ayant l’air de suivre quelque chose ou quelqu’un. Quelques instants après, le campement étant maintenant éclairé, elle revient, le cœur battant et elle annonce à Mimi, d’une voix tremblante, qu’elle a vu une silhouette s’avancer dans le couloir, qu’elle l’a suivie et qu’arrivée dans la chambre au bout, la silhouette féminine avait disparu. Mimi et Anne cherchent partout, derrière les portes, sous les lits, dans les armoires, mais il n’y a aucune trace de ce qu’Anne a vu. Enfin, elles retrouvent la valise contenant les communications et repartent immédiatement pour Curepipe. Anne étant très frappé par ce qu’elle a vu passer dans le couloir, elle ne tarde pas à prendre la plume en espérant que Minimaman pourra la renseigner. Et voici ce qu’elle dit : «Mes chères filles, je dois tout de suite vous dire que lorsque Anne est entrée dans le campement c’est moi qui faisait une ronde, sachant que vous aviez oublié la valise contenant nos précieuses correspondances. J’avais peur que des voisines indiscrètes ne les trouvent et en prennent connaissance. Maintenant je suis plus tranquille et c’est bien moi que tu as vue, Anne. Je savais qu’un mauvais esprit se trouvait dans les environs. C’est ce qui m’a incitée à surveiller notre campement. J’ai donc été un peu surprise par vous et c’est pour cela qu’Anne m’a aperçue. Je ne voulais surtout pas l’effrayer. Excusez-moi de m’être ainsi manifestée. » Un soir, Mimi entend sonner le téléphone dans la pièce d’à côté, mais lorsque Anne (qui n’a rien entendu) pénètre dans la pièce en question, elle constate que le téléphone ne sonne pas. Elle revient dans la chambre et une ou deux minutes plus tard, le téléphone sonne réellement. Le lendemain, Mimi fredonne pendant une longue partie de l’après-midi une chanson d’Edith Piaf, « moi j’essaie les verres au fond du café… », qu’elle n’avait pas entendue depuis fort longtemps. Elle commence même à être excédée de ne pas pouvoir se débarrasser de cet air qui la poursuit, lorsque ayant des courses à faire au Prisunic, elle y entre, et qu’elle n’est pas son étonnement que d’entendre cette même chanson de Piaf diffusée par le haut parleur alors que dans un lieu tel le Prisunic aucune chanson de ce genre n’est jamais jouée. En voici l’explication que Minimaman donne : « Mimi, je dois te dire qu’au sujet du téléphone c’est grâce à moi que tu entends des choses à l’avance. Je dois t’expliquer que je te fais penser à des événements avant qu’ils ne se réalisent. Ça n’a rien d’inquiétant car c’est ainsi qu’hier soir tu as entendu sonner le téléphone avant qu’il ne sonne réellement et qu’aujourd’hui tu as eu un air en tête avant de l’entendre là où tu as fait tes courses. J’ai fait cette expérience afin de vous permettre de mieux pressentir les choses et les événements, ce qui pourra vous préserver en cas de besoin. » Minimaman parle des forces bénéfiques et maléfiques : « Vous savez, mes chères filles, là où nous sommes, notre état nous permet de savoir bien des choses et d’en mesurer l’importance. Ainsi, nous devons vous protéger toujours car les forces bénéfiques l’emportent sur les mauvaises. Aussi, ceux ou celles qui à présent pourraient vous nuire, savent bien qu’ils ne peuvent rien contre vous et que vous êtes sous une forte protection. Oui, ils le savent et ces forces bénéfiques vous entourent comme une muraille impénétrable. À présent, toute une armée vous protège, le Baron, Émile, nos amis et moi-même en particulier. » La nuit suivante, Mimi et Anne sont toutes deux réveillées par une voix, mais elles ne peuvent en saisir les paroles. Elles éclairent la maison, mais personne n’est là, si ce n’est une présence invisible. Le lendemain, Anne tient la plume et Mimi demande à sa mère d’expliquer ce qui s’est passé la nuit. Minimaman dit qu’elle est venue à la maison et qu’elle avait prononcé les paroles : «Que votre sommeil soit béni ! » Elle ajoute : « C’est ce que vous avez entendu, mais n’ayez jamais peur si vous m’entendez parler, car je vous aime et veille sur vous. » |