Après de fébriles préparatifs, Laurencia a réuni une pioche, des piques de fer, des sacs et des paniers. Ce mercredi 13 juillet 1977, Mimi embarque son amie, sa servante ainsi que ses deux chiennes qu’elle ne peut abandonner a Curepipe, et prend la route de la Savanne. L’ambiance dans la voiture n’est pas celle des départs pour un week-end au bord de la mer. Ce matin, l’excitation est à son comble. Quelques photos sont prises car ces trois femmes sentent qu’elles sont au début d’une aventure incroyable, et elles tiennent à conserver un souvenir de cette journée qui s’annonce très belle. Avant d’aller sur les lieux, près du cimetière, Mimi dépose une corbeille contenant des vivres au bungalow. Elle y enferme Ploum et sa fille Ploumichette, les deux fox-terriers. Malgré la saison, c’est l’hiver, les rayons de soleil sont très ardents là au bord de la mer, et afin de s’en préserver pendant les fouilles, un parasol est transporté sur les lieux. Laurencia, dont le courage et l’énergie n’ont pas de limites, fraie un chemin au travers des aloès et cactus afin que Mimi et Anne puissent atteindre la roche plate, intentionnellement placée là par les corsaires, sans être douloureusement blessées par ces plantes vénéneuses. Alors qu’assise sur la roche plate Anne fait un nouvel essai avec le pendule, Laurencia déterre le petit aloès qu’elle va planter à Riambel, conformément aux instructions d’Émile, arrache l’herbe qui l’entoure et, sans tarder, donne le premier coup de pioche. Les fouilles ont commencé. Mimi ne perd pas son temps non plus et prend des photos de la vue qui s’offre de cet endroit de sur l’embouchure de la Rivière de la Savanne et la Baie de Souillac. Laurencia progresse rapidement. Cette septuagénaire est infatigable et ne veut que difficilement prendre un peu de repos. À peine Anne a-t-elle pris la relève et donné quelques coups de pioches que Laurencia veut déjà se remettre à l’œuvre. Ses forces sont décuplées et doivent lui être insufflées de l’au-delà. Rien ne peut l’arrêter. Mimi fait de temps à autre une ronde afin de s’assurer que l’attention des curieux n’est pas portée sur ces trois femmes qui fouillent. Quelques pêcheurs passent et semblent être intrigués, puis ils continuent leur chemin. À midi, Mimi suggère une interruption et Laurencia, presque à regret, est obligée de sortir du trou de deux pieds de profondeur qu’elle a déjà fouillé. Au bungalow les deux chiennes sont heureuses qu’on leur ouvre la porte et elles s’adonnent à des courses joyeuses et effrénées dans le jardin et sur la plage. Après s’être rapidement désaltérées et sustentées, les trois « fouilleuses » s’installent à nouveau dans la voiture qui repart vers la Pointe, semble-t-il presque à « roues feutrées » afin de ne pas attirer l’attention des environs sur leurs mystérieuses et pourtant si exaltantes allées et venues. Laurencia empoigne pique et pioche et l’opération continue. De temps à autre, Anne prend son pendule. Mimi quant à elle évoque ce que le Marquis de la Sansonnier a raconté de la Sainte Marie ancrée au large de la Baie et dit que cette embouchure de rivière se prête très bien à l’action qui y a été entreprise par les corsaires. À écouter Mimi, on voit cette belle Sainte Marie se profilant dans l’azur de l’océan. Ces trois femmes ont l’impression, malgré le recul du temps, de commencer à vivre cette aventure avec ces corsaires, dont la présence, quoique invisible, est maintenant une certitude. Anne sort de son sac papier et plume, car il lui semble que quelqu’un va certainement vouloir leur parler. La plume est animée par Minimaman qu commente : « Je vois à quel point Laurencia est forte… Anne devrait maintenant prendre la relève et toi, Mimi, tu les encourages comme moi, ici, j’encourage les Marquis et tous nos amis… Mais vous devez faire preuve de patience. Émile voudrait bien dégager une jolie pièce pour Laurencia, mais cela lui est difficile. Le Baron et les autres travaillent beaucoup. Ils sont fatigués mais courageux ! » Mimi demande alors à sa mère pourquoi rien ne s’est présenté jusqu'à l’heure et elle apprend qu’un léger désaccord a surgi entre leurs protecteurs et donateurs sur la manière de dégager les pierres et pavés. Il en résulte alors que les corsaires et le Baron suggère aux trois femmes de se reposer après leurs efforts. Il leur assure que le trésor est bien là et qu’avec leur aide et leur patience elles le découvriront et surtout de leur faire confiance, qu’ils ne les trompent pas. |