| | |  | | “Si ma mémoire est bonne…” | | Interview de Mimi par J.G.-A. | | | Cette phrase, Marguerite Labat ignore qui l’a écrite. Mais elle se la fait sienne : “J’ai fait mes preuves hier et aujourd’hui et elles ne peuvent être détruites par ce qui se passe…” Telle est l’assertion mise en exergue de ce qu’on pourrait appeler sa carte de visite.
Marguerite Labat au fil de sa mémoire. Elle est née à Saint Aubin“ un peu trop tard”, dit-elle ,“dans une famille de trois enfants, Émile, Maurice et Laurence. “C’était à La Maison de Saint-Aubin, à Souillac. Construite en 1819, elle est aujourd’hui convertie en table d’hôte.” C’est en entrant, tout au fond sur la droite, dans la vaste chambre au lit à baldaquin, que Marguerite Labat vit le jour. Indiquant le lit, ses gestes sont ponctués de courtoisie. Comme une mémoire de son ascendance. De ce Baron Marie-Claude Antoine Marrier d’Unienville (1766-1831), dont elle est la descendante. Et qui repose au cimetière marin de Souillac.
Son enfance se passe sans histoire à Saint Aubin et à Curepipe. C’était à Montalieu, en face du restaurant La Potinière. La maison fut nommée en souvenir de son arrière-grand-mère, Hélène de Montalieu. Mais le cyclone Carol l’emporta. “Des leçons particulières ont contribué à mon éducation, qui s’est terminée en France par des cours de dessin et de décoration. Dès l’âge de 12 ans, j’y ai fait de nombreux séjours. Très douée pour la musique, je jouais du piano. J’aime aussi la danse. Malgré mon sens artistique prononcé, j’ai beaucoup pratiqué la natation, le tennis et le ping-pong. Malgré une éducation sévère, j’étais entourée d’amis. Ma personnalité défiant toutes contingences, laissait percer des idées originales, et mon besoin d’indépendance. C’était la fantaisie sous toutes ses formes, tout en gardant les pieds sur terre.”
Mimi a largement contribué à la naissance de la radiodiffusion mauricienne. C’était pendant la guerre. Par vocation. Sans rétribution. Il s’agissait d’“appels et d’émissions en vue du ralliement de Madagascar et de La Réunion aux Forces Françaises Libres.” Retenue dans le service pour un salaire mensuel de Rs 175.–, ce fut l’envolée : stations émettrices dans les combles de l’Hôtel de ville de Curepipe, de Rose-Hill, et à Forest-Side. Le lendemain de Carol, pieds nus, elle accompagne Pierre Guiot Pascau pour assurer une émission de fortune à Malherbes.
La première à obtenir une bourse d’études à la BBC, elle a fait des émissions à Londres, à Europe I et à la radiodiffusion française. “J’ai même remplacé une speakerine au pied levé”, se souvient-elle. “J’ai reçu de nombreuses propositions de travail au Service Français de la BBC, à l’ORTF à La Réunion (en même temps que Pierre Marion). Je les ai déclinées pour servir mon pays et la radio nationale, tout en servant la cause française. Au détriment même de ma carrière.” Elle compte aujourd’hui 60 années au service de la radio. “Qui dit mieux?”
D’anecdotes en événements, elle se souvient : “Pendant la guerre, avec le commandant Paturau, France d’Unienville, Joseph Leroy, Amédée Poupard et d’autres amis de la France, nous avons présenté des spectacles exceptionnels à l’occasion du 14 juillet. Ma mère et d’autres francophiles, avons mis sur pied une ‘Maison de France’ (colis, ouvroir, aide aux combattants). A un autre moment, ma mère et moi avons trouvé des fonds afin de renflouer L’Alliance française, qui battait des ailes. Ma mère fut décorée par L’Alliance française de Paris et aussi par la France pour services rendus. Je suis à l’origine de l’Amicale Ile Maurice-France.” De nationalité française, elle a conscience d’avoir suffisamment servi la France du mieux qu’elle pouvait : “Je garde reconnaissance à ce pays de ce que je suis. Au dernier passage de Pierre Mauroy à Curepipe, j’ai été le saluer avec mon drapeau français, en me disant, ‘Sil n’y en a qu’une, je sera celle-là’.”
L’une des trois premières hôtesses de l’air à l’aéroport de Plaisance, de jour comme de nuit, elle a aussi été responsable des relations publiques au Morne Brabant. “Et là, mes rencontres avec Malcolm sont restées inoubliables.” Elle crée, avec des amis, une agence de publicité, aujourd’hui Publico. Elle crée et dirige aussi l’agence de voyage Tourissimo à Curepipe.
D’un autre ordre, Mimi conte un autre chapitre de sa vie. Et non des moindres. “Grâce à un événement imprévu, j’ai été mise en contact avec des ‘Protecteurs’ de l’Au-delà’. Ils me guident et m’éclairent de manière irréfutable. Nous avons été renseignés sur l’existence d’un trésor caché par des Corsaires français en 1701, et qui devrait servir à des fins positives. Avec un groupe d’amis, nous recherchons. Il nous a été demandé d’écrire cette fabuleuse histoire pour ‘éclairer’ ceux qui doutent.” Marguerite Labat croit en la vie après la vie. Elle aimerait que son histoire soit prise au sérieux. | | | | | Article publié le Lundi 19 janvier 2004. | MARGUERITE LABAT, ANIMATRICE DE RADIO | “Je les ai rencontrés…”
Marguerite Labat, au fil de la mémoire… D’anecdotes en événements, elle évoque, nostalgique, tout ce qui a marqué ses soixante ans au service de la radio mauricienne, des rencontres fortuites qui se sont transformées en amitiés, à Maurice, comme en France, où elle a fait de nombreux séjours.
Il suffit de sonner au n° 8 de l’immeuble où habite Marguerite Labat (Mimi pour les amis), pour que Poupounette, sa charmante petite dame de compagnie, fasse valoir ses droits. Mais l’on est vite rassuré dès que l’hôte vous ouvre. Là, venu pour l’entendre parler de l’amitié entre elle et Juliette Gréco, comme d’autres de ses rencontres privilégiées, l’on devra savoir détourner son attention des hautes affaires de l’État, détourner sa sainte colère devant des décisions prises sans consultation du peuple. Savoir estomper le rappel d’une heure sombre où, au travail, le bonheur lui fut refusé de partager au micro avec ses fans, une chanson… pour l’orienter vers le but convenu de la visite.
Qu’elle n’entende pas, ou qu’elle choisisse de ne pas entendre, embrayer patiemment le monologue vers sa fiévreuse attente du récital de Juliette Gréco à l’Olympia en février prochain. Une fois embrayée, Mimi trompera sa nostalgie au feu des souvenirs allumés, transmués en un vibrant présent. Sortant, preuve à l’appui, les reliques pieusement gardées, une carte, une lettre, un CD. Ces rencontres ont pour nom Jacques Brel, Catherine Sauvage, Georges Thill, Philippe de Dieuleveult, Bernard Moitessier, Marie-Thérèse de Brosses…
Jusqu’ici, le rendez-vous avec Juliette Gréco en février à l’Olympia tient toujours. “Si vous saviez l’inquiétude depuis l’annonce du malaise cardiaque qui la vit s’effondrer sur scène le 24 novembre dernier ! Chaque jour je zappais d’une chaîne à l’autre, pour la moindre nouvelle. J’ai appelé des magazines, des radios, pour des nouvelles. Sera-t-elle en mesure de se produire ?”
Comment s’est faite, justement, cette première rencontre avec Juliette Gréco ?
En 1984, alors que Juliette Gréco reçoit la Légion d’Honneur, je suis élevée au rang de Chevalier des Arts et des Lettres. Au dîner chez Jean-Luc Rondreux, l’Attaché culturel d’alors à l’ambassade de France, ce dernier dit à Juliette, en m’ indiquant, assise à côté de son mari, le pianiste Georges Jouannest, son fidèle accompagnateur et compositeur de certaines de ses chansons, ‘C’est grâce à elle que vous êtes mieux connue à Maurice.’ Nous ne nous quitterons plus. Juliette me proposa le studio de sa fille Laurence à Paris. Je n’y suis pas allée. Mais je la rencontrerai chez elle, rue d’Alésia. Cette amitié sera fidèlement entretenue.
Brel a aussi croisé votre route. En terre étrangère comme à Maurice…
Je suis à Genève avec deux amies mauriciennes. Une affiche annonce Jacques Brel dans un cabaret. Nous l’attendons assises sur un banc, transies de froid. A la fin de son tour de chant, je demande au garçon s’il est parti. Celui-ci disparaît et revient en sa compagnie. Brel s’assied à notre table. ‘D’où venez-vous ?’. De l’île Maurice. ‘De l’île de Pâques ?’, plaisante-t-il. Ensuite, il vient à Maurice. Maïta Desmarais, l’accompagnant en voiture, attire son attention sur l’émission que j’anime au même moment sur lui, en disant, ‘C’est l’île de Pâques’. Je le retrouverai à l’Olympia. Salle comble. Je suis assise sur une marche à gauche de la scène. Un triomphe. Je lui mets sur une carte ‘Bravo et merci. Vous souvenez-vous de l’île de Pâques ?’ Il me demande dans sa loge où il parlera de l’excellent souvenir qu’il garde de l’île Maurice.
Vous étiez très liée à Catherine Sauvage. Racontez-nous cela…
Je l’ai rencontrée à l’ambassade de France. Elle souhaitait avoir une pièce du St. Géran. Je me suis arrangée pour la lui offrir. Après cela, nous avons entretenu une correspondance, parlant de ce qui nous touchait, de choses personnelles. Lors d’un de mes séjours en France, elle aura la délicatesse de me faire déposer des cartes pour son récital à Bobino. Une autre fois, c’est Catherine Sauvage qui se rendra à mon studio. Comme ce n’était pas prévu, et l’heure passant, je lui ai dit que je ne lui avais pas préparé à dîner. ‘Vous n’avez pas une boîte de conserve’, m’a-t-elle demandé. Elle en a ouvert une. C’était la personne la plus simple de la terre. Elle est restée jusqu’à fort tard, me racontant ses récitals, sa vie avec le comédien Pierre Brasseur. De retour au pays, j’ai reçu cinq CD d’elle. Elle décédera peu après. J’en suis encore bouleversée.
Vous avez, de même, rencontré de nombreux artistes…
Invitée à déjeuner chez Gaëtan Duval, j’y ai rencontré Marie-Paule Belle. Nous avons surtout parlé de sa célèbre chanson La Biaiseuse. Responsable des relations publiques au Morne, j’eus l’occasion de rencontrer d’autres vedettes. Comme de conduire Isabelle Aubret, victime d’un malaise, chez le médecin. Elle y était en même temps que Jean Ferrat dont elle interprétait les chansons. Ce dernier a refusé de chanter faute de micro à sa disposition. J’ai aussi eu le privilège de rencontrer Georges Thill, qui nous avait été présenté par Max Moutia. A la maison – il a habité chez nous – je l’ai très souvent accompagné au piano pour ses répétitions, avant son récital.
Aventurier, homme d’action, Philippe de Dieuleveult a suivi Médecins sans Frontières au Cambodge, au Kurdistan iranien… Il était rendu à Maurice pour une édition de “La chasse aux trésors”. Comment l’avez-vous rencontré ?
Je suis allée le voir au Continental. Et je lui ai dit, ‘Vous cherchez un faux trésor. Moi je cherche un vrai.’ Je lui en ai fait un résumé. L’histoire l’a tellement passionné qu’il a dit ‘Tant pis, je ne déjeunerai pas.’ Et il est venu chez moi. S’est assis sur la moquette. Nous avons passé deux heures ensemble. Il m’avait donné rendez-vous pour son prochain séjour dans l’île. Mais il n’est jamais revenu. Il est mort en Afrique.
Vous avez bien connu Bernard Moitessier, autre aventurier, navigateur solitaire ?
J’ai rencontré Bernard Moitessier à travers mon cousin Noël Marrier d’Unienville du Cernéen. Ma mère l’a invité à Montalieu. Il habitera longuement chez nous. Puis, chez mon frère Émile à Souillac. Contrairement à Émile, il soutenait que le requin n’attaque pas l’homme. Il a plongé. Un requin lui a croqué la jambe. Émile de lui dire ‘Mo ti finn dir toi napa al agace zott dans zott salon.’
Parlez-nous de cet appel de Marie-Thérèse de Bosses, journaliste à “Paris Match”.
Lors d’un séjour en France, je reçois un appel de Marie-Thérèse de Bosses. “On m’a beaucoup parlé de vous à l’île Maurice. J’aimerais vous voir au sujet des ‘communications de l’au-delà que vous avez reçues.” J’accepte, d’autant plus que j’avais lu dans Paris Match une interview du Père François Brune, spécialiste de ce type de communications. Elle vient, et nous sympathisons. Un peu plus tard, elle m’a fait déposer par les maisons d’édition de nombreux livres sur le sujet. Elle était récemment à Maurice et nous avons beaucoup parlé du sujet qui nous intéresse.
Propos recueillis par Jeanne Gerval-Arouff - Île Maurice 2004 |  |
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